Catherine Bodmer
du 8 septembre 2012 au 13 octobre 2012
Casas
La pratique de Catherine Bodmer se déploie autour des notions de transformation, de répétition et de fluidité ; elle comprend des installations, des œuvres in situ et des photographies. L’artiste utilise ces dernières afin d’explorer les espaces réels, imaginaires, ainsi que la (con)fusion des deux que permet le traitement numérique. Elle crée des séquences d’« images-boucles » grâce à la manipulation de certains éléments picturaux : au-delà de la fonction documentaire ou du potentiel narratif du médium photographique, il est donc question de sa (prétendue) transparence et de la construction des images, minutieusement sculptées pixel par pixel.
Sa production récente découle de deux résidences effectuées dans la ville de Mexico en 2010 et 2011. Bodmer y évite les références culturelles précises, s’intéressant davantage au déploiement d’un sens du lieu : « je tente de circonscrire un endroit, [...] de le reconnaître en tant qu’agencement de plusieurs variables, où rien ne reste vraiment stable. » Dans une mégalopole où abondent les gens et les choses, elle s’intéresse aux zones intermédiaires et périphériques dépouillées d’artifices, renvoyant à une certaine vulnérabilité ou précarité du quotidien. Après les Camellones – terre-pleins séparant les avenues routières – elle tourne son objectif vers les toits-terrasses dans la série des Casas – dont chaque titre précise le nombre d’étages et le nom d’un résident de l’immeuble représenté. Parsemés de dispositifs utilitaires, ces (non-)lieux de vie singuliers sont de véritables extensions de l’espace domestique intérieur.
Au sein d’un projet qui consiste donc, entre autres, à reconsidérer l’urbanisme et ses infrastructures en révélant l’essoufflement des utopies modernes(1), la facture léchée, la prise de vue frontale et le regroupement en diptyque insufflent d’abord aux œuvres une portée neutralisante, voire quasi-scientifique. Or, d’un cliché à l’autre, des altérations subtiles apparaissent dans l’architecture ou le paysage, dans l’échelle ou la perspective : « il y a du ‘faire’ et du ‘défaire’, ici de l’ajout, de l’effacement et du renversement(2). » Bien qu’elle affirme procéder de manière assez intuitive, Bodmer reconnaît que deux principes persistent et émergent du processus, soit la symétrie et la boucle, à la fois repères et sources de confusion. L’artiste crée ainsi une ambivalence qui oriente le regard dans l’image, active les comparaisons (dissemblances/similarités, vrai/faux) et rompt l’unité spatio-temporelle des prises de vue, où s’ouvrent alors des brèches insoupçonnées.
Geneviève Bédard
(1)Une idée développée par Marie-Ève Charron dans l’essai « Des particules urbaines », au sein de l’ouvrage Catherine Bodmer - Mexico DF (détails), Alma, SAGAMIE édition d'art, 2012 (à paraître).
(2)Nathalie Guimond, « Catherine Bodmer, Duo » (Centre Clark, Montréal, 2 septembre – 9 octobre 2010), Ciel variable, no 87, janvier – mai 2011, p. 73.
Rencontre avec Catherine Bodmer le samedi 29 septembre à 15h (Journées de la culture).
L’artiste remercie le Conseil des arts du Canada et le Conseil des arts et des lettres du Québec.
L'exposition «Casas» de Catherine Bodmer, présentée 8 septembre au 13 octobre 2012 chez OPTICA, fait l'objet d'un nouvel article de Jérôme Delgado, Mexico, du septième ciel (Le Devoir, samedi 29 septembre 2012, p.E9).
L'exposition est également mentionnée dans la section AGENDA du Canadian Art de l'automne. Canadian Art, automne 2012, p. 33.
Catherine Bodmer MEXICO DF (DÉTAILS)
La nouvelle publication de Catherine Bodmer MEXICO DF (DÉTAILS) est maintenant en vente.
La critique d’art Marie-Ève Charron offre un premier regard sur la plus récente production photographique de l’artiste Catherine Bodmer, découlant de deux résidences de création dans la ville de Mexico en 2010 et 2011.
De son expérience réelle du territoire, Bodmer a décidé d’en partager une forme décantée, produite par la patiente transformation des images devenues le creuset de retouches sédimentées, un matériau joué en symétrie, discontinu et reconfiguré.Ce travail de manipulation donne une impulsion toute particulière à des échappées imaginaires et fictionnelles dans la spatiotemporalité des images, qui ont pour effet de reconsidérer l’urbanisme et les espaces de vie à Mexico. (- extrait du texte)
Née à Zurich (Suisse), Catherine Bodmer vit et travaille à Montréal depuis 1996, où elle a œuvré en tant que coordonnatrice artistique à La Centrale / Galerie Powerhouse (1999-2002) et chez articule (2004-2009). Son travail a notamment été présenté dans de nombreuses expositions individuelles et collectives à travers le Canada, ainsi qu’au Mexique et à Taiwan.
Pierre-Olivier Arnaud
du 8 septembre 2012 au 13 octobre 2012
a long distance call
Pierre-Olivier Arnaud (Lyon, France) arpente les espaces urbains à la recherche d’images, des collectes suite auxquelles il réalise un travail qui prend diverses formes : des sculptures de néon, des photographies, des magazines, mais surtout des affiches imprimées noir et blanc, collées directement au mur. Animé de la volonté de rendre compte de ce qui est « à la limite du cadre », « en deçà et au-delà de la représentation(1) », il constitue des ensembles de signes qui interrogent notre relation à l’image. Suite à un séjour à Montréal en août 2011, Arnaud présente « a long distance call », nouveau corpus qui s’inscrit dans le prolongement de « projet : cosmos » — dont le titre désigne des hôtels ainsi nommés et porte également les promesses du projet moderniste que l’artiste confronte à leurs environnements réels. Il les indexe selon une typologie remémorant celle des Becher.
À l’instar de sa série précédente, «les images sont ici et encore des restes, à la fois des images récoltées et (re)photographiées, mais aussi issues des scories de l’atelier, du lieu même de production [...] », indique l’artiste. Ce ne sont donc plus que «des faits d’images» formant un vocabulaire résiduel à la faveur d’une (re)lecture «des standards de la modernité, qui apparaît alors non seulement dans une distance mais aussi dans un temps différé et dans lequel l’image et sa promesse seraient sans cesse en faillite et retardées», poursuit-il. La grisaille qui les enveloppe leur confère un statut à part : telles des «machines à voir, à reconsidérer les conditions du regard», elles questionnent le photographique et sa prise sur la réalité, ici non spectaculaire, loin de toute prouesse technique. S’intéressant davantage au processus qu’à l’objet représenté, Arnaud accentue le caractère éphémère et conceptuel, s’éloignant du rétinien et du format traditionnel de l’œuvre.
Ainsi, l’artiste s’active à réaliser des dispositifs, réfléchissant aux modalités de présentation et d’exposition. Il fut notamment co-commissaire avec Stéphane Le Mercier de «Table d’Hôtes» (2007-2010), un dispositif mobile d’exposition et de présentation — une table et ses deux bancs — où furent invités et accueillis des artistes dont les travaux empruntaient leur forme à celles de la documentation, des archives et de l’édition. Il travaille de plus en plus à l’échelle de cette globalité, chaque composante étant indissociable d’un tout.
Marie-Josée Lafortune
révision : Geneviève Bédard
(1)Marie de Brugerolle, « Under Exposure », in Rendez-vous 07, Lyon, 2007.
Cette exposition est une proposition de l’association Leden et a bénéficié du soutien du Ministère de la culture - DRAC Rhône-Alpes.
Né en 1972, Pierre-Olivier Arnaud vit et travaille à Lyon. Il a agi comme commissaire et pris part à nombre d’expositions en Europe, notamment au MAMCO (Genève) et au Magasin, Centre national d’art contemporain (Grenoble). Il est représenté par art : concept (Paris).
Page d'accueil | Front page: www.optica.ca.
Archi-féministes! (Volet I et II) : exposition virtuelle
du 9 septembre 2012 au 1 septembre 2014
L’année 2012 marque deux anniversaires hautement significatifs pour OPTICA : le 40e de la galerie – fondée en 1972 par William Ewing – et le 20e de son Fonds documentaire – déposé au Service des archives de l’Université Concordia. De novembre à février dernier, l’exposition « Archi-féministes! » (Volet I et II) soulignait le caractère exceptionnel de ce double jubilé en réunissant un important corpus d’œuvres historiques et contemporaines de femmes ayant contribué à l’histoire du centre. Nous y faisons suite avec notre toute première exposition virtuelle, accessible jusqu’à septembre 2014 : les textes critiques des commissaires et des reproductions du travail des artistes seront mis en ligne et agrémentés d’hyperliens vers leurs projets antérieurs, tels que répertoriés dans «Décades». Ainsi, des documents originaux et d’autres images inédites d’époque viendront compléter le parcours présenté en galerie. Bonne visite!
Mathieu Latulippe
du 1 octobre 2012 au 31 décembre 2012
Résidence de recherche jeune création (Valence)
Mathieu Latulippe est l’heureux lauréat de la résidence de recherche jeune création à Valence. La commission ayant retenu sa candidature réunissait Marie-Ève Charron, historienne d’art et critique au journal Le Devoir, Manon de Pauw, artiste, Marie-Josée Lafortune, directrice d’OPTICA et Sylvie Vojik, directrice d’art3.
Latulippe a développé une pratique protéiforme ne se limitant pas à l’exposition. Il explore «certaines perceptions physiques, sociales et culturelles qui influencent notre façon de voir et de ressentir les objets, l'espace et les gens qui nous entourent.» Dans le cadre de la résidence, il compte aborder certaines mythologies et mettre en relief les caractéristiques communes au romantisme et au temps présent.
Montréal / Brooklyn : Sébastien Cliche, Sylvie Cotton, Chelsea Knight + Mark Tribe
du 20 octobre 2012 au 1 décembre 2012
Montréal / Brooklyn
« Montréal / Brooklyn » c’est la rencontre de deux lieux-phares de l’art contemporain nord-américain qui, par le biais d’une série d’expositions croisées, témoignent de l’effervescence et de la vitalité de la scène artistique. Cet événement rassembleur, organisé sous les auspices du Centre d’art et de diffusion Clark, prend la forme d’un parcours en deux temps réunissant seize institutions, près de quarante artistes et tout un programme d’activités complémentaires (tournées de galeries, visites d’ateliers, soirées événementielles, etc.).
Dans le cadre de cet échange, OPTICA (20 octobre – 1er décembre) et Momenta Art (13 janvier – 17 février) présenteront les œuvres de Sébastien Cliche, Sylvie Cotton, Chelsea Knight et Mark Tribe. Par le biais de la fiction, de la rencontre ou selon une approche documentaire comme point d’identification, ces quatre artistes abordent essentiellement le rapport à l’Autre. Cliche et Cotton cartographient l’espace de la galerie et de la ville; ils font appel à l’aléatoire afin d’appréhender le réel et entretiennent un rapport étroit à l’écriture ou au son en guise de relevés. Knight et Tribe s’intéressent à l’esthétique paramilitaire de milices citoyennes; ils portent à l’écran l’aspect performatif de leurs exercices sous forme chorégraphique, explorant les racines historiques et idéologiques de ce mouvement. Sans définir une esthétique spécifique propre à une région particulière, chaque artiste explore des réalités qui émergent de lieux et de contextes distincts.
Titulaire d’une maîtrise en arts visuels et médiatiques de l’Université du Québec à Montréal et lauréat de la bourse de fin d'études supérieures Claudine et Stephen Bronfman en art contemporain (2012), Sébastien Cliche interroge les limites du récit et la place que le spectateur peut prendre dans sa construction en explorant l’image, le texte et le son d’un angle narratif. Son travail prend la forme de photographies, d’installations, de projets Web et de performances audiovisuelles. Outre de nombreuses expositions individuelles et collectives – notamment au Centre d’art contemporain de Meymac (France, 2008) et à l’Œil de poisson (Québec, 2010) – ses œuvres ont été présentées lors de festivals établis, comme L’inertie agitée/Restless Inertia à MUTEK, Festival international de créativité numérique (Montréal, 2010) et PAISAJES au 30e Rendez-vous du cinéma québécois (Montréal, 2012). En tant que commissaire, il a entre autres réalisé l’exposition itinérante L’Oreille dans l’œil/The Hearing Eye (Montréal, Ottawa et Québec, 2007-2008). Sébastien Cliche vit et travaille à Montréal.
L'artiste tient à remercier le groupe de recherche ARC PHONO pour l'utilisation de ses archives phonographiques dans le cadre de cette exposition.
À l’instar de son parcours académique – ayant mené des études artistiques, littéraires et muséologiques dans les années 80 et 90 – la pratique de Sylvie Cotton est fort éclectique : installation, performance, dessin, photographie, écriture, etc. L’artiste affirme être influencée « par les situations que l’existence offre, pour les expirer dans le champ de l’art ». Son travail a été présenté au sein d’expositions, de biennales et de festivals, tant au Québec qu’à l’international : en 2011, elle faisait à la fois partie de la 7e Biennale internationale en art contemporain de Montréal et de la 2e Triennale québécoise du Musée d’art contemporain de Montréal. Animatrice d’ateliers, Cotton a également été coordonnatrice des centres d’artistes DARE-DARE, le Centre des arts actuels Skol et le Centre d’art et de diffusion Clark, Montréal. Elle a publié deux livres d'artiste (Je préfère tout et On est tous la même personne), ainsi qu'une monographie sur la pratique en résidence, DÉSIRER RÉSIDER, ayant entre autres séjourné au Studio du Conseil des arts et des lettres du Québec en Finlande (2001) et à Tokyo (2011). Sylvie Cotton vit et travaille à Montréal.
Chelsea Knight détient un baccalauréat en études anglaises de l'Oberlin College (Ohio, 1998) et une maîtrise de la School of the Art Institute of Chicago (Illinois, 2007). Travaillant fréquemment en collaboration avec d’autres artistes, elle réalise surtout des performances, des photographies et des installations vidéos. Ses œuvres ont été présentées dans le cadre d’expositions de groupe ou de biennales – telles que la Biennale des jeunes artistes de Bucarest (Roumanie, 2010) et la 10e Biennale d'Istanbul (Turquie, 2007) – et elles ont fait l’objet d’expositions individuelles – dont I Am Not A Man, Not Now au Brooklyn Museum (New York, 2012). Nommée Henry L. and Natalie E. Freund Fellow à la Sam Fox Graduate School of Art de l’université Washington (Saint Louis, Missouri, 2011-2012), Knight a notamment effectué des résidences au Whitney Independent Study Program (New York, 2009), à la Skowhegan School of Painting and Sculpture (Maine, 2008) et elle a été boursière Fulbright à la Fondation Michelangelo Pistoletto (Biella, Italie, 2007). Chelsea Knight vit et travaille à New York.
Titulaire d'un baccalauréat ès arts de l'université Brown (Providence, Rhode Island, 1990) et d’une maîtrise de l'université de Californie (San Diego, La Jolla, 1994), Mark Tribe conjugue technologie des médias et politique. Ses performances, photographies, installations et vidéos ont été exposées de par le monde, notamment au sein de récentes expositions solos au San Diego Museum of Art (2012), à la Cinémathèque française (Paris, 2012) et à la Galerija Miroslav Kraljevic (Zagreb, Croatie, 2011). En 1996, Tribe fondait Rhizome, une organisation qui soutient la création, la présentation, la préservation et la critique des pratiques artistiques émergentes sollicitant la technologie. Il a publié deux livres – The Port Huron Project : Reenactments of New Left Protest Speeches (Charta, 2010) et New Media Art (Taschen, 2006) – ainsi que de nombreux articles. Professeur adjoint en culture moderne et études des médias à l'université Brown, il enseigne également au sein du programme de maîtrise en arts de la School of Visual Arts (New York). Mark Tribe vit et travaille à New York.
Manuela Lalic
du 19 janvier 2013 au 23 février 2013
Activisme timide
Les installations de Manuela Lalic se présentent comme des espaces voués à la démesure que caractérise une pratique de la surabondance, dissimulant toutefois un souci d’ordre minimaliste. Sans pour autant saturer les lieux qu’elles investissent – quoiqu’en les contaminant considérablement –, ces interventions mettent en place une série d’associations empruntant leurs composantes à l’inépuisable société de consommation.
Évidés le plus souvent de leur fonction initiale, les éléments hétéroclites que l’artiste réactive semblent davantage sélectionnés pour leurs qualités formelles et le pouvoir d’évocation qui résulte de l’hybridité aussi séduisante qu’insoupçonnée de leurs combinaisons. Ce « choc des hétérogènes(1) » est symptomatique d’une recherche visant à révéler le potentiel poétique de notre environnement quotidien. À la fois critiques, les micro-actions organiques et quasi-scientifiques que l’artiste met à l’épreuve offrent différentes narrations ponctuées par la disposition hiérarchique des éléments dans l’espace et le simulacre d’une dichotomie nature/culture.
Cette production polymorphe révèle une propension de l’artiste à l’excès qui s’incarne dans le chaos transitoire d’un échec fonctionnaliste. À l’instar des agencements de motifs, c’est également ce qu’évoquent les masses instables et informes qui apparaissent fréquemment dans ses installations. Ainsi, l’oeuvre présentée chez Optica se compose de milliers de trombones tordus – éléments récurrents depuis 1998 –, ici éparpillés sur une surface épurée. Cette masse diffuse agit pour Lalic sur l’ambivalence d’un constat du temps perdu évoquée par le geste répétitif et mécanique de son assemblage. Face à la faillite que constitue cette action, elle y voit la métaphore d’un élan collectif concentré dans une obstination solitaire. Cette conduite n’est pas sans rappeler le principe de la perte, « qui doit être la plus grande possible pour que l’activité prenne son véritable sens(2) ». L’énergie ainsi dépensée manifeste un désir d’investissement qui échappe à l’inertie, aussi improductif que puisse sembler le geste. Comparable à une banquise, la surface à laquelle s’agrippe cette structure désarticulée cherche à accroître sa nature organique, tout en y accentuant le désœuvrement.
Certes ironique, l’« activisme timide » de Lalic se révèle alors dans la caricature d’un paysage glacial confronté à un inventaire d’étrangetés, le tout dissimulant la critique d’une société qui tend sans cesse à préfabriquer et standardiser les multiples facettes de notre existence.
Alexandre Poulin
1. Jacques Rancière, Malaise dans l’esthétique, Paris, Galilée, 2004, 173 p.
2. Georges Bataille, La part maudite [1967] précédée de La notion de dépense [1949], Paris, Les éditions de minuit, 2011, p. 24.
L’artiste remercie le Conseil des arts et des lettres du Québec.
«Activisme timide» est brièvement mentionnée et recommandée dans l'article de Nicolas Mavrikakis, Pistes hivernales ( Voir, 10 janvier 2013).
L'exposition «Activisme timide» de Manuela Lalic, présentée du 19 janvier au 23 février 2013 chez OPTICA, fait l'objet d'un nouvel article de Jérôme Delgado, Fragiles monuments de petits riens (Le Devoir, samedi 9 février 2013) et d'une entrevue avec Chantal l'Heureux à l'émission In situ (CIBL, 101,5 fm) diffusée le 17 février 2013. Écoutez l'entrevue avec Manuela Lalic (In situ, 17 février 2013).
D’origine française, Manuela Lalic possède un diplôme de maîtrise en arts plastiques de l’Université du Québec à Montréal (2000). Finaliste du prix Powerhouse 2012 et récipiendaire de la bourse Pratt et Whitney Canada (2009), elle a entre autres présenté son travail au Canada, aux États-Unis, en France, en Allemagne, au Liban, au Japon, en Chine et, plus récemment, en Serbie.
Marjolaine Bourdua
du 19 janvier 2013 au 23 février 2013
La pratique de Marjolaine Bourdua porte sur l’exploration du médium sonore qu’elle combine à la réalisation d’environnements, de sculptures et de dessins. Il résulte de ce maillage un univers construit à partir d’un répertoire culturel et populaire, aux formes sculptées et dessinées, jamais clairement énoncées. À travers les variations d’un motif puisé au monde du spectacle – la scène –, ses œuvres s’inscrivent dans le registre de la rupture et du simulacre. Elles nous placent en situation d’attente sans offrir d’ancrage temporel indiquant si la performance est terminée ou sur le point de débuter. Alors que Bourdua travaillait le son et la matérialité plastique de manière indépendante dans ses projets antérieurs, sa pratique actuelle se concentre depuis peu sur leur amalgame au sein d’une même sculpture.
Dans son ouvrage La société du spectacle, Guy Debord décrivait le fétichisme de la marchandise et sa mise en spectacle en termes de syndrome illustrant l’emprise du système capitaliste sur le quotidien. Ici, le caractère simple et sommaire de l’œuvre, où abondent les références à l’espace théâtral inoccupé, paraît faire écho à cet essai politique en proposant une expérience événementielle anti-spectaculaire, inscrite en marge de la consommation de masse et du marché. La banalité intentionnelle et la pauvreté des éléments qui en constituent le décor ainsi que l’absence de spectacle accentuent ce postulat en créant un état de latence, caractéristique de la pratique de l’artiste. Maintenue à distance, une scène invite le spectateur à combler ce vide selon ses interprétations et ses références culturelles.
Quant à la trame sonore diffusée en boucle, elle interfère et établit un dialogue complexe avec les composantes physiques de la sculpture. Alliant diverses sources phonographiques – échantillonnages, explorations vocales et lignes mélodiques – les sons ici amorcés, aussitôt interrompus, participent à l’élaboration d’un système référentiel et perceptif à la fois inachevé et perpétuellement contredit. Alors que la société de consommation s’appuie sur la stimulation et la construction du désir de possession, Bourdua nous invite à réfléchir à la portée métaphorique d’un objet qui émet un langage singulier aux antipodes de la superficialité de la dite société du spectacle.
Julie Alary Lavallée
L’artiste remercie le Conseil des arts du Canada et Raphaël Huppé-Alvarez.
Marjolaine Bourdua sera chez OPTICA le samedi 23 février 2013 à partir de 14h, venez la rencontrer.
La sculpture sonore de Marjolaine Bourdua, présentée du 19 janvier au 23 février 2013, fait l'objet d'un court article de Karine Bouchard, L'inquiétante étrangeté d'une présence sonore (Webzine, Vie des arts, mercredi 20 février 2013).
Née en 1983, Marjolaine Bourdua est détentrice d’un baccalauréat en arts visuels et médiatiques de l’Université du Québec à Montréal (2007) et d’une maîtrise en arts visuels de la Villa Arson en France (2008). Elle a agi comme commissaire et pris part à de nombreuses expositions ici et à l’étranger – à la Galerie Frédéric Giroux (Paris), Centre d’art et diffusion Clark, Circa, Galerie Verticale, Sporobole et au Musée d’art contemporain des Laurentides. Il s’agit de sa première exposition solo à Montréal. Récipiendaire d’une bourse de la relève du Conseil des arts et des lettres du Québec (2011) et d’une subvention de projet du Conseil des Arts du Canada (2012), elle vit et travaille à Montréal.
Date limite | Deadline
le 28 février 2013
28 février : appel à projets (programmation 2014)
Pour plus d'informations, consultez la fiche virtuelle détaillée concernant notre appel à projets annuel.
Noémi McComber
du 16 mars 2013 au 20 avril 2013
Mise en échec
Si les dernières œuvres présentées au Québec par Noémi McComber semblent préconiser un intérêt marqué pour l’espace public – La peau du bronze, Maison des arts de Laval; Nouveaux drapeaux pour vieux monuments, Dare Dare; Déploiement en règle, Viva! Art Action (2011) –, les récentes vidéos qui composent Mise en échec permettent de renouer avec la pratique performative antérieure de l’artiste, inscrivant dans la sphère domestique une réflexion non moins politique.
Fidèles à une approche féministe, les vidéos-performances dans lesquelles McComber se met en scène soulèvent des questions quant au confinement de la femme dans un espace privé que l’on sait codifié, un espace hautement symbolique qu’elle ne manque pas de défier, de transgresser, en y exacerbant les contraintes matérielles et fonctionnelles. Ainsi, l’artiste reprend une méthodologie qui fait écho à son corpus d’interventions publiques, abordant le détournement comme condition inhérente d’une démarche se déployant dans l’univers du risque, nous entraînant sur ce terrain glissant et imprévisible qu’est l’exploration des limites prescrites en société.
D’un ludisme sous tension, la série présentée chez Optica exprime un climat de résistance que la protagoniste performe par des actes d’agressions subies ou commises. Véritables fictions d’une lutte de pouvoir, ces actions induisent une forme de narrativité supposant une constante rivalité entre l’artiste et un Autre qui nous est inconnu. Dissidente et visiblement excédée, McComber pousse le spectateur-témoin dans un voyeurisme malaisé, cherchant à susciter chez lui un effet de catharsis par l’entremise d’expériences émotives réprimées ou refoulées.
Polysémique, Mise en échec permet certes une réflexion sur le rôle de la femme et, plus largement, de tout individu dans la sphère sociale. Toutefois, les stratégies esthétiques employées – privilégiant la négation et la violence – nous portent à réfléchir ces mêmes rapports de force que l’artiste engage sous forme de négociation avec la matière. Le tout s’inscrit dans l’optique d’une brèche activant le sujet vers son émancipation : une sorte de défiance exploitée pour son caractère libérateur et fondamentalement résistant.
Alexandre Poulin
L'artiste remercie Helena Martin Franco, Stéphanie Chabot, Stéphanie Bertrand, Josh Worman et le Centre des arts actuels Skol.
Noémi McComber sera présente chez OPTICA le samedi 20 avril à compter de 14h. Venez la rencontrer!
L'exposition «Mise en échec» de Noémi McComber fait l'objet d'un article de Maude Lefebvre, Mise en échec de Noémi McComber à OPTICA (The Belgo Report, mars 2013). Il en est également question lors d'une entrevue accordée par Noémi McComber à Bettina Forget dans le cadre de l'émission No More Radio, diffusée le 14 avril 2013.
En vente chez OPTICA jusqu'au 20 avril
Noémi McComber, Prise d'assaut, 2011 (1/3)
Impression jet d'encre
Hahnemühle Photo Rag : fini mat, 100% coton, sans acide, épaisseur 308 gms.
43 x 56 cm. (papier), 45 x 58 cm. (encadrée)
Signée au verso
1 070$ / 1 200$ (encadrée)
Diplômée en 2002 d’une maîtrise en arts visuels au Chelsea College of Art (Londres), Noémi McComber a présenté son travail au Canada, en Colombie et en Europe, notamment en Finlande, en Grèce et en Russie. Elle poursuit également une pratique de commissaire avec le collectif de diffusion l’Araignée et est active au sein du centre d’artistes féministe La Centrale (Montréal) depuis 2007.
La pratique conceptuelle de Hyang Cho porte essentiellement sur le langage, qu’elle rend performatif : « Je l’emploie comme matière première pour remettre en question les contradictions propres à divers systèmes de la société dans laquelle je vis aujourd’hui, de ma position ‘d’observatrice en marge’. » L’artiste élabore des protocoles de travail rigoureux et s’assigne l’exercice de retranscrire les œuvres majeures de philosophes (Baruch Spinoza dans The Rest is Silence, 2011), de musiciens (Johann Sebastian Bach dans Three Variations of Two Part Inventions, 2009) et d’écrivains (Mary Shelly dans Frankenstein, 2009). Ne partageant ni leur discipline de prédilection, ni leur langue maternelle, elle interroge notamment la notion d’autorité. Procès dévoile un nouveau corpus intimement lié au roman Der Process (1925) de Franz Kafka.
Dans Trial I, Cho reproduit le plus fidèlement possible – ratures et taches d’encres comprises – 26 pages tirées du manuscrit original en allemand, conservé au Literaturmuseum der Moderne (Marbach am Neckar, Allemagne). Issus du neuvième chapitre intitulé « Im Dom » (À la cathédrale), les extraits disponibles sur Internet ont été téléchargés, imprimés, puis méticuleusement tracés à la mine de plomb en trois exemplaires (quasi) identiques. Classés en ordre anti-chronologique et intercalés de feuilles vierges, les ‘dessins’ obtenus sont compilés en trois livres non reliés, disposés côte à côte sur une tablette. Bien qu’une telle présentation rappelle certaines normes archivistiques et conventions muséales, le spectateur est autorisé à manipuler les objets exposés ici.
Trial II s’inscrit davantage dans le registre sculptural et sollicite le corps, tant dans son processus de création que de réception. Un rouleau de papier Stonehenge de 11 mètres de long, déposé sur un socle au ras du sol, témoigne d’une tentative de l’artiste de transcrire la version anglaise de l’ouvrage de Kafka, au rythme accéléré de l’écoute d’un livre audio – une activité inlassablement répétée jusqu’à ce qu’il n’y ait plus d’espace à remplir. Le texte qui en résulte, incomplet et pratiquement illisible, débouche sur une approche sémiotique de l’écriture : réduite à une surface recouverte de signes, l’œuvre renvoie à la matérialité graphique et aux limites de l’acte d’écrire. Somme toute, Cho révèle l’incapacité mutuelle de l’artiste et du spectateur à rendre intelligibles toutes les étapes d’une médiation, un travail sur le décalage original/copie/simulacre (Deleuze) et les multiples « pertes de la traduction(1) ».
1. Lost in translation, une expression intraduisible en soi.
Geneviève Bédard
L’artiste remercie le Conseil des arts de l’Ontario.
Après avoir complété un premier cycle en histoire à l’Université Sogang (Séoul, Corée du Sud, 1998), Hyang Cho entreprend des études en beaux-arts : elle détient un baccalauréat du Alberta College of Art and Design (2007) et une maîtrise de l’université de Guelph (2009). Bien que son travail ait été présenté dans quelques expositions individuelles et collectives à travers le Canada depuis 2006, Procès est son premier projet en sol québécois. Représentée par Georgia Scherman Projects (Toronto), Hyang Cho vit et travaille à Guelph, en Ontario.
Rodney LaTourelle
du 11 mai 2013 au 15 juin 2013
Chromakenón
Amalgame des domaines de l’art visuel et de l'architecture, la pratique de Rodney LaTourelle explore les relations affectives entre la couleur et divers arrangements spatiaux. Ses environnements peints et créés sur mesure - des peintures tridimensionnelles – ordonnent un langage visuel à la fois épuré et géométrique dont l’aspect structuré s’altère au gré de l’expérience du spectateur. Traitant de notions liées à la métaphysique et à la phénoménologie, où les effets perceptifs produits par le corps et l’esprit s’activent, son travail se conçoit autour d’installations immersives construites à différentes échelles. Il se concentre actuellement sur la mise en place de relations spécifiques entre la couleur, l’espace et le corps, recherche que l’artiste poursuit dans l’espace d’OPTICA.
Puisant à même l’histoire de l’art, LaTourelle actualise divers mouvements artistiques dont l’esthétique néo-plasticisme De Stijl et celle de la peinture Hard-edge. Il en résulte une combinaison plastique en lien avec l’architecture qui lui permet d’introduire ce traitement strict de la couleur dans le registre de la contingence et de l’imprévisibilité. Prenant en compte l’interférence de lumière naturelle et artificielle, ses installations multiplient leur potentiel perspectif en déployant une panoplie d’effets visuels et chromatiques. Transcendant les expérimentations sculpturales et génériques du minimalisme, elles engagent de nouvelles connexions affectives et physiques, parfois même, par la mise en place d’éléments structuraux amovibles.
Bien que l’espace intérieur de ces installations soit vide, ce lieu incarne un réceptacle dynamique, de forme parfois labyrinthique, constitué de multiples points d’entrées et de sorties. Comprise comme un espace à la fois naturel et illusoire, un trompe l’œil supportant « l’activation de la couleur », l’œuvre donne à la perception individuelle un rôle prédominant. Selon Anne-Marie Ninacs, le travail de LaTourelle semblerait vouloir moins traiter « de l’exploration de quelque chose - une architecture, une couleur – que de l’exploration en tant que moyen fondamental de compréhension du monde. »(1) À la lumière de cette réflexion, ces structures, qui altèrent temporairement nos sens, portent en elles la complexité du monde.
Julie Alary Lavallée
(1) Anne-Marie Ninacs, Caught in the Act : The Viewer as Performer, catalogue d’exposition, 17 octobre 2008 - 15 février 2009, Musée des beaux-arts du Canada, 2008, p. 191.
L’artiste remercie Lisa Ames, Ron et Ardis LaTourelle, Louise Whittöft, la Winnipeg Art Gallery (Helen Delacretaz, Conservatrice en chef et conservatrice des arts décoratifs), l'Atelier Clark, le Conseil des arts du
Manitoba, le Conseil des arts du Canada et Panolite.
Né en 1965 à Winnipeg, Rodney LaTourelle est artiste, architecte et critique. Après avoir complété en 1988 des études de premier cycle en architecture (volet environnemental) à l'Université du Manitoba, il termine un programme de maîtrise en architecture du paysage en 1996 au sein de la même institution. Cumulant les expériences professionnelles de concepteur couleur, architecte paysagiste, conservateur et chercheur, il a récemment coréalisé une sculpture publique commandée par la ville de Berlin. Son travail a été exposé à plusieurs reprises en Amérique du Nord dont au Musée des beaux-arts du Canada et à la Cité de l’énergie ainsi qu’en Europe à la Program Gallery de Berlin et à la SKC Belgrade en Serbie. Il vit et travaille à Berlin.
Richard Deschênes
du 11 mai 2013 au 15 juin 2013
De la piscine aux verts
Le travail de Richard Deschênes examine essentiellement les processus de (dé)formation, de reproduction et de perception de l’image. Il propose ce qu’il appelle librement des « modèles imaginaires » : ayant fréquemment recours à du matériel existant, tels des documents encyclopédiques et des clichés d’actualité qu’il s’approprie et replace dans de nouveaux contextes, l’artiste brouille systématiquement les repères visuels et cognitifs du spectateur. Sa pratique échappe à la certitude tant au niveau formel – empruntant à la peinture, au dessin et au collage – que thématique – oscillant entre scène de genre et paysage, figuratif et abstraction.
« De la piscine aux verts » comprend une quinzaine d’œuvres tirées d’une série entamée en 2009 et à laquelle fut consacrée une résidence à la Cité Internationale des arts de Paris en 2011. Construites à partir d’images trouvées issues de divers quotidiens, elles remettent en question la nature même de la photographie journalistique. Deschênes détourne sa fonction documentaire et
« l’affranchit de ses chaînes référentielles »(1) en effaçant toute trace de l’action captée à l’origine, un procédé de soustraction de l’information par l’addition de minces couches de papier journal méticuleusement sélectionnées, tranchées, disposées et collées. Ce processus simultané de camouflage du sujet central et de dévoilement/création d’un arrière-plan qui investira désormais l’ensemble du cadre prend fin lors de l’épuisement de la matière première disponible, provenant de différentes copies de la même photographie. Or le procédé ne se révèle pas d’emblée – s’éloignant ainsi du collage traditionnel, où la manière est souvent manifeste – et seules les cicatrices à peine perceptibles de ses délicates interventions témoignent de la matérialité du geste de cet artiste-chirurgien du réel (en lieu du virtuel que manipulent bon nombre de ses contemporains).
Les images obtenues séduisent et déroutent : fragilité, absence, contemplation, silence… Elles nous semblent parfois familières, marquées d’une inquiétante étrangeté (Unheimlich). D’instinct, l’œil parcourt ces monochromes, paysages et « lieux psychologiques » – comme les désigne habilement Deschênes – à la recherche de ce sur quoi la lentille aurait fait sa mise au point, mais en vain. Certains indices de la trame originale persistent toutefois, tant au niveau de l’impression que de la narration : les figures disparues sont notamment évoquées au fil des titres des œuvres, qui reprennent les légendes des clichés de départ, insufflant une dimension poétique à ces notices descriptives dorénavant privées d’ancrages visuels.
Geneviève Bédard
(1) Bernard Schütze, « Images en transit », Richard Deschênes – Transfert, EXPRESSION, Centre d’exposition de Saint-Hyacinthe, 2012.
L’artiste remercie le Conseil des arts du Canada.
Après un baccalauréat en arts visuels de l’Université Concordia (1985), Richard Deschênes a pousuivi ses études au Pratt Graphics Center à New York (1985-86). Récipiendaire de plusieurs bourses et résidences, il a présenté son travail dans de nombreuses expositions individuelles et collectives au Canada, au Mexique, en Chine, en Espagne, en Autriche, aux États-Unis, en France et au Japon. Richard Deschênes vit et travaille à Montréal.