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Fonds documentaire OPTICA (Service des archives de l'Université Concordia)

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Anouk Verviers, Tu m'as donné ton pot à bines (lettre à ma grand-mère). Vue d'exposition à Deptford X (Londres, UK), 2022. Installation vidéo. Structure de contreplaqué, pots en argile crue, projection sur bois. Vidéo 4K et son pour écouteurs. Avec l'aimable permission de l'artiste. | Exhibition view at Deptford X (London, UK), 2022. Video installation. Plywood structure, raw clay pots, projection on wood. 4K video and sound for headphones. Crédit photo : Anouk Verviers. Courtesy of the artist.

Anouk Verviers
du 22 avril 2023 au 17 juin 2023
Qu'est-ce qu'on peut construire sur un sol en mouvance

EN CONVERSATION le 29 avril de 15h00 à 16h00, Anouk VERVIERS avec Didier MORELLI à OPTICA.

Lien de l'événement : ici

Qu'est-ce qu'on peut construire sur un sol en mouvance enchevêtre plusieurs récits appartenant à une même histoire. D’abord, celui d’un pot à bines en céramique offert à l’artiste par sa grand-mère qui accompagne une réflexion sur le sens à donner à des projets collectifs à travers les générations. Ensuite, celui de l’industrialisation de la production du beurre sur le territoire que nous appelons Canada, passant d’une production domestique majoritairement réalisée par des femmes jusqu’au XIXe siècle à une production massive au XXe siècle. Puis, étroitement lié à ce dernier, celui des relations commerciales entre le Canada et le Royaume-Uni sur une trame de fond coloniale, envisageant les produits de l’agriculture canadienne selon une logique lucrative érodant une économie de subsistance. L’exposition fouille les rouages d’un « système économique qui nous divise » en traversant les strates temporelles et les articulations d’une même histoire de dépossession. En croisant différentes perspectives sur les rapports au territoire et les relations qui s’y instituent, elle travaille une série de tensions dans lesquelles nous devons apprendre à vivre.

répétition | transformation

Inscrire des mots dans la matière, performer la malléabilité, raconter avec les gestes, se recueillir, construire, déconstruire, reconstruire, sans que rien ne soit définitif, en quête de transformation, de réparation. Les formes, les gestes et les récits qui s’entrecroisent dans l’espace d’exposition travaillent le pouvoir transformateur de la répétition. Ils incarnent la possibilité d’articuler autrement nos rapports à l’histoire, aux constructions identitaires et au territoire en inscrivant les récits à même la présence d’un corps qui pense : celui de l’artiste. Des formes architecturales encadrent l’espace en même temps qu’elles trouvent de nouveaux prolongements dans leurs réagencements disloqués. Elles évoquent le Pavillon canadien de l’Exposition coloniale de 1886, à Londres, qui était recouvert de bocaux contenant « les fruits de l’agriculture canadienne ». Ici, les présentoirs soutiennent des répliques faites de cire, de terre et de torchis, puissantes et précaires par leurs propriétés dégradables. Des objets dont l’artiste révèle les gestes de fabrication artisanale – pots, briques, modules octogonaux, cape – invitent à reconnaitre aussi bien qu’à réinterpréter les histoires qui les traversent.

subjectivité | dépossession

La substance narrative de ce projet trouve aussi un ancrage dans les expériences individuelles de personnes rencontrées en Haute-Yamaska, dans le cadre d’une résidence au 3e impérial menée entre 2020 et 2022, ainsi que dans une réflexion que l’artiste tisse avec sa propre histoire. Cette narratrice qui confie « j’ai fini par avoir peur des projets collectifs » investigue sur les défis rencontrés par les personnes qui sont à l’origine, mènent ou maintiennent des initiatives collectives. Son projet tente d’embrasser la complexité des formes d’oppression coloniales à partir d’une expérience intime de l’histoire récente. Il jette des ponts entre les modes de vie actuels et la mécanique d’une pensée extractive, qui reproduit des oppressions à l’endroit même des personnes complices de sa reproduction. Toutefois, ces rencontres ne sont pas rendues visibles ou explicites. Peu de traces des conversations se retrouvent directement dans les œuvres et celles-ci prennent plutôt la forme d’une mémoire en train de se faire. L’artiste assume sa réécriture subjective d’une expérience partagée, exprimée dans un espace autre dont il s’agit simultanément de mettre en jeu les codes et les dynamiques d’exclusion. Elle refuse ainsi d’objectifier les subjectivités ou d’en extraire un matériau artistique. Son dispositif narratif évite d’exposer celles et ceux qui ont échangé avec elle dans un espace social qui n’était pas celui de la galerie et dans une relation réciproque qui n’était pas destinée à devenir publique. Elle choisit donc d’y accueillir elle-même les regards et d’habiter l’histoire à partir de sa propre présence.

épuisement | soin

La matérialité du corps est le socle de ce projet : son travail comme forme d’engagement, son épuisement comme forme de dépossession. La réciprocité, la subsistance, la performativité et le pouvoir s’y enchevêtrent pour célébrer et faire le deuil des parties du monde tel qu’on le croit.

Autrice : Véronique Leblanc

L’artiste reconnât que ses recherches ont été conduites sur les territoires des nations W8banaki et Huron-Wendat, qui n’ont jamais été cédés. Elle reconnât que la structure coloniale, bien qu’elle ait participé et participe à l’oppression des femmes, a surtout mené à l’oppression systémique des Premières Nations, par un système toujours en place à ce jour.

Anouk Verviers tient à remercier Véronique Leblanc, Didier Morelli, Louis-Charles Cloutier, Évelyne Gévry, Julie Gavillet, Youssef Fahem, Caroline Gosselin, Sylvie Tourangeau, Noémie Fortin, ainsi que les équipes du 3e Impérial, Centre d’essai en art actuel et d’OPTICA, Centre d’art contemporain. Elle remercie également le Conseil des arts et des lettres du Québec pour son soutien.



COMMUNIQUÉ DE PRESSE (pdf)



En s’inscrivant dans différentes communautés, Anouk Verviers élabore des projets collaboratifs sur le long terme qui sont à l’origine de conversations performatives et par l’entremise desquelles, elle aborde des enjeux communs. L’artiste conçoit sa pratique comme une entité bicéphale : une tête dans l’espace social par la mise en place de projets d’art collaboratifs et de recherche socialement engagés et une tête dans le monde de l’art par la réalisation d’œuvres et d’expositions interdisciplinaires. Verviers est actuellement candidate à la mâtrise en Fine Art (MFA) au Goldsmiths College à Londres, R-U (2021-2023) et détient un baccalauréat en arts visuels et médiatiques de l’Université du Québec à Montréal (2017), situé sur le territoire non-cédé de Tiohtià:ke / Mooniyang.

Elle a participé à plusieurs expositions au Canada, en Suisse et au Royaume-Uni : en solo, notamment à OPTICA (2023, Montréal), Vaste et Vague (2023, Carleton) et Regart (2019, Lévis); en groupe, à Future_After (2022, Londres, R-U) et Dogo Residenz (2019, Lichtensteig, Suisse). Elle a pris part à des résidences d’artistes avec CCE@HGAED (2022, Londres, R-U), Dogo Residenz (2019, Lichtensteig, Suisse) ainsi qu’à des projets avec les communautés gravitant autour des centres d’artistes le 3e Impérial (2021, Granby) et Dare Dare (2016, Montréal).

En tant que chercheure, Verviers est membre praticienne du Centre de recherche en innovation et transformation sociale (CRITS), Université St-Paul à Ottawa (territoire non-cédé de Odawa). Elle a également publié dans le Research in Arts and Education Journal (2022) de l'université Aalto, Espoo, en Finlande.

Véronique Leblanc est commissaire, autrice et enseignante. Elle envisage le commissariat, l’écriture et les aventures pédagogiques dans lesquelles elle s’implique comme des occasions d’apprentissage partagées. Ses travaux portent actuellement sur l’imaginaire du commun en art actuel.